Anne Elsener donne une seconde vie aux œuvres d’art

·17 août 2026·Actualités·5 min·

Dans son atelier situé à Allègre, Anne Elsener utilise des scalpels, des pinceaux mais aussi une caméra infrarouge, pour restaurer des œuvres d’art et donner une seconde vie à des peintures et des sculptures. Elle a entre les mains celles que lui confient des particuliers, mais aussi celles qui sont classées Monuments historiques. À chaque fois qu’elle travaille sur une œuvre, elle prend plaisir à se nourrir de son histoire et des techniques utilisées à l’époque, avant de la restaurer.

Comment êtes-vous devenue restauratrice d’œuvres d’art ?

Anne Elsener : En fait, cela remonte à mon enfance. J’ai toujours été fascinée par la peinture. Quand j’étais petite, je demandais à mes parents de m’emmener dans les musées. Je restais des heures devant les aplats de couleurs des peintures qui étaient exposées.

Quelle a été votre formation ?

Au début, je ne savais pas que le métier de restauratrice d’œuvres d’art existait. J’ai commencé par un Bac lettres et arts avant de partir en histoire de l’art, car je voulais apprendre l’histoire de la peinture. C’est durant un stage que j’ai fait connaissance avec le métier. J’ai été diplômée durant mes années d’études et je me suis spécialisée sur le travail de grands formats et les pièces qui sont inscrites et classées monuments historiques.

Et vous avez donc décidé d’ouvrir l’atelier Ann’Lizarine ?

Oui. L’atelier est ouvert ici depuis cinq ans. Auparavant, j’exerçais mon métier du côté de Blanzac mais mon atelier était devenu trop petit. Ici, je dispose d’une surface de 130 m² pour travailler. Je vais déménager dans quelques mois à Allègre pour le faire dans un atelier encore plus grand.

Quels types de pièces restaurez-vous ?

Je restaure des tableaux sur chevalets qui sont donc déplaçables, mais aussi des petits formats et des plus grands qui font plusieurs mètres de hauteur. Je travaille également des panneaux en bois, des sculptures en bois et en stuc, qui est une sorte de plâtre. Tout ce qui est à base de bois, de polychromie de peinture. Et puis, je restaure également des peintures murales in-situ en dehors de l’atelier.

De quelle façon le faites-vous ?

Avant le travail de restauration, j’effectue une analyse, un diagnostic de l’œuvre sur laquelle je vais travailler. Je ne travaille pas sur une simple photo. Je dois la voir avant de la restaurer. C’est exactement la démarche qu’a un mécanicien qui effectue un check-up complet du véhicule qu’on lui amène pour une vidange.

Une œuvre d’art est une succession de différentes matières, qui, normalement au niveau de la chimie, ne devraient pas exister. La bois et la toile ne vieillit pas de la même façon que la sous-couche, que la peinture, que le vernis et que l’environnement dans laquelle elle se trouve. J’analyse donc chaque couche pour cerner l’état général de l’œuvre que l’on me confie.

Et avec quels outils ?

J’utilise des scalpels, des pinceaux et une quantité de petits rifloirs, de limes.

Et même une caméra infrarouge ?

Oui. Je me sers de rayons ultraviolets pour observer des choses que l’on ne peut pas voir à l’œil nu. Un vernis se dissout avec un solvant. Lorsque l’on retire un vernis, il s’agit de le faire dissoudre sans aller trop profondément pour ne pas altérer la peinture d’une œuvre. C’est pour cela que j’utilise les rayons ultraviolets et que j’effectue des analyses, couleurs par couleurs, pour ne pas l’abîmer.

Et quelles techniques ?

En fonction des œuvres qu’il faut restituer dans son époque et dans son contexte, j’apprends la technique utilisée au niveau de la peinture utilisée pour la créer, ou de la sculpture de l’époque, pour la reproduire à l’identique, ou presque. Il faut savoir que toutes mes interventions sont réversibles et peuvent être retirées. Quand je pose de la feuille d’or, je le fais avec la technique utilisée autrefois. Je la patine pour la différencier le moins possible de celle qui a plusieurs siècles. Je n’achète pas de colles et je fabrique tout ici.

Il y a toute une équipe avec vous ?

Oui. Annie Labarre travaille avec moi à l’atelier depuis quatre ans. Elle se consacre à tout ce qui touche le bois, les statues, les cadres et les grandes œuvres. En ce qui me concerne, je réponds à des appels d’offres en co-traitance avec la menuiserie ébénisterie Chabanon sur Saint-Vidal, en ce qui concerne, par exemple, les maîtres autels.

Je travaille également avec Mélanie Roux qui vient de l’Allier pour les tableaux qui font plusieurs mètres de hauteur et Véronique Exbrayat pour les peintures murales.

Qui fait appel à vos talents ?

En grande majorité des collectivités territoriales qui font des appels d’offres, mais aussi des architectes du patrimoine, les associations et fondations du patrimoine, ainsi que des mécènes d’entreprises et pas mal de particuliers qui se trouvent en Haute-Loire, mais aussi sur toute la France.

Pratique :
Atelier Ann’Lizarine
Anne Elsener – Restauratrice d’œuvres d’art
5, rue du Grellet de la Deyte – 43270 Allègre
Tél : 06 66 34 27 43
Facebook Anne Elsener